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Nettoyage orbital : l’Europe et le Japon fond le ménage

Nettoyage orbital de l'espace

Nettoyage orbital : l’Europe et le Japon lancent la course au premier retrait de débris spatiaux en 2026

Par Josselin BAUSSAY – En partenariat avec Bisatel

Avec plus de 40 000 objets suivis en orbite terrestre et 1,2 million de fragments de plus d’un centimètre capables de détruire un satellite, l’ESA et la JAXA accélèrent en 2026 le déploiement des premières missions commerciales de retrait actif de débris, tandis que le cadre juridique international peine à suivre le rythme des lancements.

Nettoyage orbital de l'espace

Un cimetière orbital en expansion permanente

Nettoyage orbital : l’Europe et le Japon fond le ménage. L’espace proche de la Terre ressemble de moins en moins à un terrain vierge. Selon le rapport annuel sur l’environnement spatial publié par l’ESA en 2025, les réseaux de surveillance suivent désormais plus de 40 000 objets en orbite, dont environ 11 000 sont des satellites actifs. Le reste — étages de fusées abandonnés, adaptateurs de charge utile, fragments de collisions — constitue un patrimoine involontaire de soixante-dix ans d’activité spatiale.

Mais le chiffre le plus préoccupant se situe en deçà du seuil de détection : on estime à plus de 1,2 million le nombre de débris de plus d’un centimètre, suffisamment gros pour causer des dommages catastrophiques à tout engin en fonctionnement. À 28 000 km/h, un simple écrou possède l’énergie cinétique d’une grenade.

L’incident Shenzhou : un rappel brutal

L’urgence n’est plus théorique. En 2025, un débris submillimétrique a percuté le hublot de la capsule chinoise Shenzhou-20 en orbite. Par mesure de sécurité, la Chine a dû préparer en urgence le lancement de Shenzhou-22 pour garantir le retour de l’équipage, au cas où la structure du vaisseau endommagé n’aurait pas résisté à la rentrée atmosphérique. L’événement, documenté par les agences spatiales et relayé par Le Monde, a mis en lumière la vulnérabilité concrète des missions habitées.

L’ESA a proposé en octobre 2025 un nouvel « Index de santé de l’environnement spatial orbital », un outil d’évaluation des risques destiné à mesurer la durabilité de chaque mission. La densité croissante des objets en orbite basse impose des manœuvres d’évitement de plus en plus fréquentes : les satellites de la constellation Starlink effectuent en moyenne 41 manœuvres par an chacun, soit environ 100 000 au total pour l’ensemble de la flotte en 2025, selon les données compilées par Wikipédia.

ClearSpace-1 : l’Europe pionnière du retrait actif des satellites hors d’usage

L’Agence spatiale européenne a confié à la start-up suisse ClearSpace SA la réalisation de ClearSpace-1, la première mission commerciale de retrait actif de débris. Financée à hauteur de 86 millions d’euros par l’ESA, la mission prévoit de capturer un adaptateur VESPA laissé en orbite par une fusée Vega en 2013. Le vaisseau, équipé de quatre bras robotiques et piloté par une intelligence artificielle de navigation autonome, doit désorbiter l’objet pour qu’il se consume dans l’atmosphère.

Le lancement est prévu sur une fusée Vega-C d’Arianespace. En janvier 2026, ClearSpace et l’ESA ont annoncé la mission PRELUDE, un programme complémentaire ciblant un lancement en 2027 pour valider les opérations de proximité autonomes en conditions réelles. L’objectif affiché est de poser les bases d’un service commercial récurrent de nettoyage orbital.

Astroscale : le Japon mise sur la capture robotique

De l’autre côté du globe, la société japonaise Astroscale mène une approche complémentaire. Sa mission ADRAS-J, lancée en février 2024 dans le cadre du programme CRD2 de la JAXA, a réalisé en novembre 2024 une approche contrôlée à 15 mètres d’un étage supérieur de fusée H-2A de trois tonnes — un record pour une entreprise commerciale. La phase II, ADRAS-J2, prévoit la capture effective et la désorbitation de cet objet à l’aide de bras robotiques.

Le contrat, évalué à environ 82 millions de dollars, illustre la structuration d’un marché naissant. Astroscale a également breveté en juillet 2025 un système de retrait multi-objets, et sa mission ELSA-M, prévue en 2026, doit démontrer la capacité de retirer plusieurs satellites « préparés » en une seule mission. En janvier 2026, Astroscale France et Exotrail ont annoncé un partenariat pour développer des capacités de désorbitation dédiées aux satellites en orbite basse.

Un marché estimé à 18 milliards de dollars sur dix ans

Le nettoyage orbital n’est plus seulement un impératif scientifique : c’est un marché. Le cabinet NSR évalue le secteur des services en orbite à 18,2 milliards de dollars sur la prochaine décennie, contre 3,1 milliards estimés en 2020. La NASA estime de son côté que les bénéfices économiques du retrait actif dépassent largement les coûts, y compris pour les débris de taille centimétrique.

Cette dynamique intéresse directement les opérateurs de télécommunications et les fournisseurs de connectivité par satellite. Les constellations en orbite LEO, qui supportent les services internet, IoT et MVNO par satellite, dépendent de corridors orbitaux sûrs. La prolifération des débris augmente les coûts d’exploitation (manœuvres d’évitement, assurances) et menace la viabilité à long terme des réseaux. L’ARCEP intègre progressivement ces enjeux dans ses réflexions sur la régulation des communications par satellite, tout comme le BEREC au niveau européen.

Le vide juridique, principal obstacle au nettoyage

Le Traité de l’espace de 1967 attribue la propriété de chaque objet spatial à l’État qui l’a lancé. Toute mission de retrait nécessite donc le consentement du propriétaire du débris — un obstacle considérable lorsque l’objet date de plusieurs décennies ou appartient à un État peu coopératif. Les lignes directrices des Nations unies, publiées par le Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique (COPUOS), restent non contraignantes.

La réglementation américaine a toutefois évolué : la FCC impose désormais une règle de désorbitation sous cinq ans en orbite basse, contre vingt-cinq ans auparavant. L’Europe pousse de son côté l’initiative « Zero Debris 2030 », signée par 19 États et plus de 150 entités. Le portail de la stratégie numérique européenne souligne l’importance de la durabilité spatiale pour la souveraineté des infrastructures numériques.

En France, le CNES fait figure de pionnier avec une réglementation nationale sur les débris spatiaux en vigueur depuis la loi relative aux opérations spatiales de 2008. Les données publiques sur les activités spatiales françaises sont accessibles via data.gouv.fr, et les enjeux de cybersécurité liés aux systèmes spatiaux sont suivis par l’ANSSI.

Le syndrome de Kessler n’est plus une hypothèse

En 1978, le scientifique Donald Kessler prédisait qu’au-delà d’une certaine densité, les collisions en chaîne rendraient certaines orbites inutilisables. Un rapport scientifique de début 2026 conclut que ce scénario se rapproche dangereusement, notamment dans les bandes d’altitude les plus encombrées. Début 2026, deux satellites se croisent à moins d’un kilomètre toutes les 22 secondes.

L’archéologie de l’espace — l’inventaire, l’étude et le retrait des vestiges de soixante-dix ans d’activité orbitale — est en train de devenir une discipline à part entière, à la croisée de l’ingénierie, du droit international et de l’économie spatiale. Les publications de L’Usine Digitale et de ZDNet France couvrent régulièrement ces avancées, tandis que la Commission européenne et l’ENISA intègrent la résilience des infrastructures spatiales dans leurs stratégies de cybersécurité.

Le nettoyage orbital n’est plus une utopie d’ingénieurs. C’est une nécessité industrielle, et 2026 pourrait marquer l’année où l’humanité commence enfin à ranger derrière elle.


Sources

  • ESA, Space Environment Report 2025 — Données sur les débris orbitaux
  • ClearSpace SA — Missions ClearSpace-1 et PRELUDE (annonce ESA, janvier 2026)
  • Astroscale Holdings — Missions ADRAS-J, ADRAS-J2 et brevet US 12,234,043 B2
  • SpaceNews — Couverture des missions de retrait actif de débris (2024-2026)
  • NASA — Rapport sur les coûts-bénéfices du retrait de débris (mai 2024)
  • NSR — Évaluation du marché des services en orbite
  • Nations unies, COPUOS — Lignes directrices sur la réduction des débris spatiaux
  • CNES — Réglementation française sur les débris spatiaux
  • Wikipédia — Article « Débris spatial » (données Starlink, incident Shenzhou)
  • Commission européenne — Initiative Zero Debris et stratégie numérique
  • Presse-Citron, décembre 2025 — Analyse de la crise des débris spatiaux
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