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Le Mobile Money ne suffit plus

Le Mobile Money ne suffit plus : pourquoi les fintechs africaines lancent leurs propres MVNO

Le Mobile Money ne suffit plus : pourquoi les fintechs africaines lancent leurs propres MVNO

Par Jean-Marc Lefèvre, expert télécommunications – En partenariat avec Kiwezo

En 2024, l’Afrique subsaharienne a concentré 65 % de la valeur mondiale des transactions de mobile money, soit 1 105 milliards de dollars selon le rapport GSMA publié en avril 2025. Mais face aux limites du modèle historique — interopérabilité défaillante, marges captées par les opérateurs télécoms, et diversification insuffisante des services — une nouvelle génération de fintechs choisit de créer ses propres opérateurs mobiles virtuels (MVNO) pour reprendre le contrôle de la chaîne de valeur.

Le Mobile Money ne suffit plus : pourquoi les fintechs africaines lancent leurs propres MVNO

1 105 milliards de dollars, et après ?

Les chiffres donnent le vertige. Le mobile money africain a franchi en 2024 le seuil des 1,1 milliard de comptes enregistrés sur le continent, soit plus de la moitié du total mondial de 2,1 milliards. Le nombre de transactions a bondi de 22 % pour atteindre 81,8 milliards d’opérations. En Afrique de l’Est, le mobile money contribue à plus de 5 % du PIB dans des pays comme le Kenya, le Rwanda, l’Ouganda et la Tanzanie.

Pourtant, derrière ces performances, le modèle montre des signes d’essoufflement structurel. Les fintechs qui opèrent des services de paiement, de crédit ou de micro-assurance restent dépendantes des infrastructures des grands opérateurs télécoms — Orange, MTN, Airtel — pour accéder à leurs utilisateurs. Chaque transaction transite par un réseau qu’elles ne contrôlent pas. Chaque SMS de notification, chaque canal USSD, chaque activation de carte SIM génère un coût reversé à l’opérateur hôte.

Le plafond de verre des fintechs dépendantes

Le constat est partagé par l’ensemble de l’écosystème. Selon Telecom Review Africa, les fintechs et entreprises africaines recherchent désormais des plateformes évolutives pour atteindre leurs clients plus rapidement, tandis que les régulateurs repensent les structures de marché pour encourager la concurrence et l’innovation.

Le problème est double. D’une part, les services de télécommunications et les services financiers relèvent d’autorités de régulation distinctes, avec des exigences de conformité et de protection du consommateur propres à chaque secteur. Ce cloisonnement freine le lancement d’offres intégrées, en particulier pour les hybrides MVNO-fintech cherchant à opérer sur plusieurs marchés. D’autre part, les technologies USSD, qui représentent encore 63,5 % du volume total des transactions de mobile money en 2024, imposent des limites fonctionnelles incompatibles avec les ambitions des fintechs de nouvelle génération.

Le MVNO, (opérateur mobile virtuel) un levier stratégique pour les fintechs

La réponse émerge sous la forme du MVNO — opérateur de réseau mobile virtuel. Contrairement aux opérateurs traditionnels (MNO), un MVNO ne possède ni spectre radioélectrique ni réseau d’antennes. Il loue la capacité réseau d’un opérateur existant et se concentre sur la marque, la tarification, l’expérience client et l’innovation de services.

En 2025, plus de 60 MVNO opèrent dans 11 pays africains, selon les données de Telecom Review Africa. Le Kenya, le Cameroun et le Nigeria figurent parmi les marchés les plus avancés, avec des cadres réglementaires qui permettent à de nouveaux entrants de combiner connectivité et services financiers ou de distribution.

Pour une fintech, devenir MVNO change radicalement l’équation. Elle maîtrise la relation client de bout en bout, depuis la carte SIM ou l’eSIM jusqu’au portefeuille électronique. Elle peut intégrer directement le paiement dans l’abonnement mobile, proposer du crédit basé sur la consommation téléphonique, ou encore offrir des services d’assurance liés à l’usage du réseau. Le mobile money n’est plus un service adossé à un opérateur tiers : il devient le cœur de la proposition de valeur.

Bisatel Telecom : l’infrastructure en marque blanche qui accélère le déploiement

C’est précisément sur ce créneau que se positionne Bisatel Telecom, fournisseur français de solutions MVNE (Mobile Virtual Network Enabler) spécialisé depuis plus de vingt ans dans les infrastructures télécoms en marque blanche pour l’Afrique, l’Europe et l’Asie.

Le modèle proposé est celui du « clé en main ». Bisatel fournit le cœur de réseau en cloud, la fabrication des cartes SIM et l’activation des eSIM, la plateforme de facturation, les outils de gestion client et, le cas échéant, l’accompagnement dans l’obtention de la licence télécom auprès des autorités de régulation du pays cible. L’entrepreneur ou la fintech se concentre sur l’offre commerciale, le marketing et la relation client.

L’entreprise est présente dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest francophone — Sénégal, Côte d’Ivoire, Togo, Bénin, Niger, Congo RDC, Congo Brazzaville — et propose deux niveaux d’intégration. Le « Light MVNO » permet un lancement rapide avec un contrat commercial, sans dossier complet de licence. Le « Full MVNO » implique l’obtention d’une licence de radiotélécommunication, dont Bisatel prend en charge la préparation du dossier.

L’eSIM, accélérateur de convergence télécom-fintech

La technologie eSIM apporte une dimension supplémentaire à cette convergence. Intégrée directement dans le terminal mobile, elle permet l’activation d’un profil opérateur à distance, sans manipulation physique. Pour les fintechs qui ciblent des populations urbaines et connectées, l’eSIM supprime la barrière de la distribution physique des cartes SIM.

Selon le rapport GSMA 2025, les cas d’usage du mobile money se sont considérablement diversifiés : paiements marchands (105 milliards de dollars au niveau mondial en 2024), paiement de factures (93 milliards), transferts transfrontaliers (34 milliards) et décaissements en masse. Les fournisseurs de mobile money proposent de plus en plus de services financiers adjacents — crédit (44 % des fournisseurs), épargne (un tiers) et assurance (28 %).

Un MVNO-fintech équipé de la technologie eSIM peut offrir un compte numérique unifié où l’utilisateur gère son temps de communication, son portefeuille de paiement, son crédit et son assurance depuis une seule application. Cette intégration verticale représente un avantage compétitif sur les modèles fragmentés où chaque service dépend d’un intermédiaire distinct.

Les défis : régulation, éducation et couverture

Le chemin n’est pas sans obstacles. La double régulation — télécoms et services financiers — constitue le premier frein pour les hybrides MVNO-fintech. Chaque juridiction impose ses propres exigences de licence, de conformité et de protection du consommateur. Opérer dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest implique de naviguer entre les réglementations de l’UEMOA, de la CEDEAO et des autorités nationales.

L’éducation des utilisateurs représente un second défi. Si les plateformes de mobile money ont atteint une pénétration remarquable, les technologies comme l’eSIM et les MVNO digitaux nécessitent un niveau de compréhension supplémentaire, en particulier dans les zones rurales et les petites villes.

Enfin, les MVNO restent tributaires de l’infrastructure des MNO. Les zones urbaines bénéficient souvent d’une couverture 4G robuste, voire de la 5G naissante. Mais les régions rurales et isolées continuent de souffrir de limitations de signal, de bande passante inconstante et d’interruptions de service.

L’interopérabilité, l’autre révolution en marche

Un signal encourageant est venu de la BCEAO (Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) qui a lancé le 30 septembre 2025 la plateforme interopérable de système de paiement instantané (PI-SPI). Cette infrastructure connecte désormais tous les acteurs financiers de l’UEMOA — banques, opérateurs de monnaie électronique, microfinances et fintechs — permettant des transferts en temps réel quel que soit le fournisseur.

À l’échelle continentale, le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), lancé dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), permet aux commerçants de régler leurs transactions en monnaies locales, réduisant la dépendance au dollar américain.

Pour les MVNO-fintechs, cette interopérabilité change la donne. Elle élimine les silos qui cantonnaient les utilisateurs à un seul réseau de paiement et ouvre la voie à des services véritablement panafricains.

Un modèle d’avenir pour l’inclusion financière

Le rapport GSMA 2025 estime qu’à la fin 2023, le PIB mondial des pays disposant de services de mobile money était supérieur de 720 milliards de dollars à ce qu’il aurait été sans ces services. En Afrique subsaharienne, cette contribution s’élève à 190 milliards de dollars. Mais les obstacles demeurent, notamment l’écart persistant entre les sexes : sur douze pays étudiés, huit présentent encore un fossé significatif entre hommes et femmes dans la détention de comptes.

La convergence entre télécommunications et services financiers n’est plus une hypothèse. Elle se matérialise dans les 60 MVNO africains actifs, dans les plateformes de paiement interopérables et dans les solutions en marque blanche qui abaissent les barrières à l’entrée. Dix fintechs africaines figurent dans le Top 300 mondial du classement CNBC-Statista publié en juillet 2025, témoignant de la maturité d’un écosystème en pleine structuration.

La question n’est plus de savoir si les fintechs africaines deviendront opérateurs télécoms, mais à quelle vitesse elles y parviendront. Et dans cette course, les solutions MVNE en marque blanche constituent le raccourci le plus direct entre l’ambition et le marché.

Sources :

  • GSMA, « The State of the Industry Report on Mobile Money 2025 » (avril 2025)
  • Telecom Review Africa, « Mobile Innovation on the Move: MVNOs, eSIMs, and Africa’s Fintech Future » (février 2026)
  • Agence Ecofin, « En Afrique, la valeur des transactions de mobile money a crû de 15 % en 2024 » (avril 2025)
  • CNBC / Statista, « World’s Top Fintech Companies : 2025 » (juillet 2025)
  • BCEAO, lancement de la plateforme PI-SPI (septembre 2025)
  • FurtherAfrica, « Africa’s Digital Payment Boom: The Next Frontier in Fintech Growth » (août 2025)
  • Tech In Africa, « Mobile Money Trends in African Marketplaces 2025 » (septembre 2025)
  • Digital Mag Côte d’Ivoire, « Mobile Money en Afrique : ces géants qui favorisent l’inclusion financière » (octobre 2025)

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